Sylvain Lefèvre : « L’augmentation des taux des crédits immobiliers est finalement assez limitée »

Publié le 22/07/2020 10:07 | Par Laura Martin

Durcissement des conditions d’accès au crédit immobilier, remontée des taux, perspectives pour les prochaines semaines… Sylvain Lefèvre, président de La Centrale de Financement nous livre son point de vue.

Les banques ont-elles durci leurs conditions à l'accès au crédit immobilier ?

Les banques auraient aimé ne pas avoir besoin de durcir leurs conditions. Cependant, on a tous entendu parler du Haut Conseil de Stabilité Financière qui lui-même donne des consignes extrêmement strictes auprès des banques. Celui-ci dit globalement que 33% d'endettement et 25 ans seront les maximums d'aujourd'hui.

De notre côté, cela ne change pas notre quotidien puisque nous avons moins de 100 dossiers sur les 20 000 dossiers signés à l'année qui sont concernés par cette norme sur la durée. Sur l'endettement, c'est évidemment différent : il y a encore quelques temps, les banques accordaient des crédits sur des taux d’endettement de 33%, 34% voire 35%, et de ce fait, elles sont aujourd'hui plus vigilantes. Elles ont moins de marge de manœuvre et préfèrent donc privilégier leur propre clientèle.

Donc, oui les banques durcissent leurs conditions et bien involontairement on aurait aimé avoir un autre signe post-Covid pour accélérer les mouvements de transaction des banques. Ce n'est pas le cas à ce stade et nous devons attendre de voir ce que cela va donner dans les prochains mois. Je pense que nous nous dirigerons vers un assouplissement des conditions en septembre en fonction de l'offre et de la demande et des transactions qui auront été réalisées d'ici là.

Pourquoi les taux de crédit ont-ils tendance à remonter ?

Les banques avaient besoin de reconstituer leur marge donc on remarque une petite tension, mais cette augmentation est finalement assez limitée et n'a que peu d'impact sur l'endettement des ménages. Effectivement, 0,10 ou 0,20 contribuent à majorer l'endettement un peu plus rapidement. Tous nos primo-accédants, qui hier pouvaient encore obtenir un financement, ne le pourront plus aujourd’hui car on va être à 34% au lieu de 33% d’endettement. Cependant, on reste dans des taux extrêmement raisonnables et on ne peut pas focaliser l'activité autour des taux qui augmentent. Les taux sont globalement bas et stables.

Un client qui venait demander une offre de prêt sans s’être préparé, sans épargne, sans avoir de relevés de compte cohérents, pouvait hier obtenir un crédit immobilier. Cependant, le monde d'aujourd'hui est différent, le monde de demain le sera sûrement, mais c'est ce que nous connaissions il y a 15 ou 20 ans. On doit prendre le temps de constituer son dossier car le prêt immobilier est un acte majeur. Actuellement, les banques rappellent seulement ce bon sens.

Pensez-vous qu'il y aura des conséquences importantes sur les projets immobiliers des Français ?

Oui, et cela traduit ce que je disais tout à l'heure car on a surfinancé. Je vous rappelle que l'année dernière en 2019, il y a eu près de 1,1 millions de transactions immobilières. Les banques délivraient des accords, entraînaient cette inflation des prix, cette baisse des taux et de ce fait, elles alimentaient cette tension immobilière.

Si le fait qu’il y ait peut-être moins d'acquéreurs est le prix à payer post covid-19 pour faire en sorte que demain l'on retrouve une voie plus raisonnable, ce n'est pas une mauvaise chose. En effet, peut-être qu'avec 800 000 transactions en France, les notaires retrouveront de la marge de manœuvre pour signer en temps et en heure, les banquiers pourront nous délivrer des offres de prêt adéquates, et nos conseillers de La Centrale de Financement pourront délivrer des conseils et accompagner leurs clients comme il se doit. En tant que porteur de projet, vous pourriez également, retrouver une offre et une demande qui s'équilibre, et ce, en évitant peut-être une sur-inflation.

Donc finalement ce n'est pas une mauvaise nouvelle et 800 000 transactions en France, cela reste un très bon niveau ! Je pense qu’à travers ce que l'on donne comme conseils, comme accompagnement, on a tous de quoi faire une très belle année.

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